Prologue - Là où commence le silence -
Selon Platon, l’âme humaine est semblable à un attelage ailé. Le cocher, symbole de la raison, guide deux chevaux : l’un, blanc et docile, tend vers la lumière ; l’autre, sombre et rétif, se nourrit des passions et de la démesure. Ainsi va l’être humain, partagé entre la sagesse et l’instinct, entre l’élan vers l’équilibre et l’appel du chaos. L’existence se déroule entre ces deux forces contraires. Le cheval blanc invite à la mesure, à la modération et à la paix intérieure. Le cheval noir nous rappelle nos désirs, nos excès et nos peurs. Mais nul ne peut les séparer : c’est dans leur tension que naît la conscience. Chaque âme apprend, au fil du temps, à reconnaître ces voix intérieures. L’une apaise, l’autre trouble ; l’une éclaire, l’autre brûle. Et pourtant, aucune n’est mauvaise, car l’ombre comme la lumière façonnent l’être.Le véritable art de vivre n’est pas de dominer, mais d’harmoniser, d’offrir au cheval blanc la confiance du cœur, et au cheval noir la compréhension de l’esprit. La vérité, elle aussi, avance sur ce double chemin. Ce que l’on nomme « réel » n’est souvent qu’un reflet de nos croyances. Ce que l’on appelle « illusion » n’est parfois qu’une vérité encore voilée. Rien n’est définitivement juste, rien n’est définitivement faux ; il n’existe que des degrés de clarté dans la conscience. Apprendre à vivre, c’est apprendre à voir. Fermer les yeux sur le tumulte du monde, non pour fuir, mais pour mieux percevoir la lumière intérieure. Ce que l’on découvre alors n’est ni Dieu, ni néant, mais ce point d’équilibre où l’être s’accorde à l’univers. La vie est une danse silencieuse entre ce que l’on comprend et ce que l’on ignore. Chaque question nous rapproche d’une réponse, et chaque réponse nous ramène à une nouvelle question. Ainsi se tisse le fil de la conscience : une progression infinie vers plus de lucidité, plus de douceur, plus d’unité. La vérité n’est pas un sommet, mais un souffle. Elle se manifeste quand l’esprit cesse de vouloir tout comprendre et consent à simplement être. Car rien ne peut être caché éternellement : tôt ou tard, la lumière perce les ombres, et le cœur retrouve la paix.
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